Karen, 30 ans, pétillante survivante du cancer

Nous avons fait la connaissance de Karen lors de la publication des photos d’Elie KUAME, pour de la campagne contre le cancer du sein OCTOBRE ROSE. Sa force, son courage nous ont tout de suite sauté aux yeux. Il était dès lors indispensable pour nous de l’inviter à faire partie du panel de la 2ème édition de notre événement, journée de partage d’expériences, de motivation et de confiance en soi : Elles Ont Osé (ELOO17). 

Rencontrer Karen le 4 mars dernier a été un booster naturel pour nous et les participants à l’événement. Nous espérons qu’à travers cette interview, vous vous ferez mieux connaissance avec ce petit bout de femme, condensé d’humour, de force et de motivation. 

Qui est Karen ?

Née en mars 86 à Abidjan, côte d’ivoire, j’y ai vécu jusqu’en 1999, nous avons quitté la Côte d’Ivoire pour la France au moment des problèmes politiques. En 2001 je suis allée vivre au Etats-Unis (2 ans en Virginie & 2 ans en Floride)

En 2005 j’ai eu mon « High school diploma », après ça je suis allée au Mali pour me ressourcer pendant quelques mois ou j’ai tenu à visiter Mopti et Ségou ,avec les Girl-scouts du Mali 😉 En Janvier 2006 J’ai décidé spontanément de faire mes études universitaires en Chine. Je suis donc allée à Pékin où j’ai suivi des cours de langue et de commerce international.

En 2009 je me suis mariée avec un kazakh (du Kazakhstan). Après la naissance de mon fils, mon époux et moi avons déménagé à Ningbo, à l’est de la chine pour ouvrir notre propre compagnie d’export. Après avoir beaucoup appris sur le domaine portuaire nous nous sommes déplacés vers les fournisseurs à Yiwu en 2012. Tout allait pour le mieux en affaires !

Je suis rentrée à paris en Janvier 2013 j’étais venue accoucher de notre deuxième fils, je suis ensuite restée pendant les vacances d’été pour passer du temps avec ma famille, quand j’ai appris mon cancer (vous connaissez l’histoire !) Ma vie s’est arrêtée à ce moment-là ! j’ai perdu mon business, mes meubles, mes affaires. J’ai fait 2 ans de traitement (chimiothérapie, radiothérapie et double mastectomie) et depuis je suis en rémission et reconstruction. Ces 4 derniers années ont été très mouvementées.

Je me suis relevée, me suis réinventée, j’ai décidé de demandé le divorce.

J’ai dû malheureusement faire un peu de « cleaning » autour de moi en espérant me débarrasser de mes angoisses, faire de mon mieux tous les jours pour élever mes enfants dans un environnement équilibré, et productif et de m’occuper de moi.

J’ai bossé comme une dingue pour me refaire une situation financière. J’ai monté un projet, qui m’a aidé à obtenir une position de Chef de projet. Je vends de l’alimentaire sain en Chine ; j’exportais de Chine et maintenant j’importe. Ma connaissance de la langue et de la culture chinoise m’aide énormément dans ce parcours. J’achète des produits type « snack » bio et les revend là-bas.

Nous vous avons connu par les sublimes photos du styliste ELIE KUAME lors de la campagne octobre rose contre le cancer du sein. Dans quelles circonstances avez-vous appris votre cancer ? Et quelle a été votre première réaction ?

J’avais une grosse boule au sein gauche pour laquelle j’avais consulté auparavant. Mon gynécologue, mon échographiste et mon médecin généraliste m’ont assuré que ce n’était rien, juste un galactocèle « Kyste de lait » (j’allaitais mon fils de 3 mois.)

Je m’apprêtais à rentrer en chine, c’est à ce moment-là que Angelina jolie a fait une mastectomie préventive. Ma grand-mère est morte du cancer du sein, ma mère a donc voulu que l’on fasse un test génétique (qui s’est avéré négatif, je ne suis pas porteuse de la mutation).

La première étape était le dépistage. Mon « galactocele » leur a paru suspect ! Ils m’ont donc demandé de faire une ponction (un prélèvement de chair dans le sein pour en faire l’analyse). Le docteur m’a dit que j’aurai les résultats sous une dizaine de jours. Ils mon rappelé 3 jours après et m’ont demandé de venir à l’hôpital.

J’ai tout de suite compris ! J’étais toute seule dans mon salon, j’ai appelé ma mère en lui demandant de rentrer en urgence et j’ai fondu en larme. Le lendemain je suis partie avec ma mère, armée jusqu’au coup ! figurativement parlent bien sûr ! ahah

Le docteur nous a reçu dans une pièce de consultation et m’a dit « vous avez un cancer , stade 3, très avancé  et agressif !» je l’ai regardé dans les yeux et je lui ai dit « ok !!! on fait quoi ??? » ma réaction l’a peut-être choqué je pense car elle m’a répété la nouvelle. Il ne faut jamais partir vaincu !

Vous avez subi des traitements lourds et difficiles au niveau physique notamment, une apparence qui a changé. Comment avez-vous appréhendé votre féminité dans ces moments-là ?

Tout a commencé avec la perte des cheveux, des cils et de TOUS les poils du corps pendant la chimio ; on ne se sent plus très « femme » déjà et après on perd ses seins, alors là on se dit, c’est la fin ! surtout dans la société dans laquelle nous vivons, il y a tellement de critères de beauté que l’on peut facilement se laisser abattre, surtout quand on est en surpoids, sans cheveux, sans seins. Mais qu’est ce qu’il faut faire ?? Ben il faut positiver !! Je me suis dit, après deux enfants je voulais refaire mes seins de toute façon, pour les cheveux j’ai essayé d’en faire un style. Je pense que nos seins et nos cheveux ne définissent pas notre féminité, l’acceptation de soi la défini !

Mon hôpital, l’institut Gustave Roussy à Villejuif, a un très bon encadrement pour leurs patients, j’ai pris avantage de tous les services, Je suis allée voir la psychologue, la neurologue, une conseillère en image et j’ai participé à pleins d’ateliers type yoga, sophrologie, théâtre, maquillage, tricotage… nous avons même une esthéticienne, et tout est pris en charge! (Beaucoup de femmes n’ont pas la force de le faire car elle sont trop fatiguées, mais un encadrement physiologique est vraiment nécessaire sinon on devient folle !)

J’ai vraiment pris le temps de prendre soin de moi, tous cela m’a permis de devenir encore plus femme que je ne l’étais auparavant.

J’ai vraiment de la chance d’avoir eu ma mère à mes côtés pour s’occuper de mes enfants, le support de la famille est très important dans cette reconstruction.

Lors d’une épreuve aussi difficile, comment trouve-t-on la force d’y faire face ? Où avez-vous trouvé la vôtre ? Comment réussir à garder la tête hors de l’eau ?

Le secret c’est le moral, Il faut rester positive, garder le sourire et ne jamais baisser les bras. Nous avons toutes en nous cette force et volonté. Combien de fois avons-nous entendu « je ne sais pas comment tu fais !?! » mais comme ma sœur le dit si bien « ON FAIT ! »

Chaque personne est unique et vit cette expérience différemment, il faut juste se souvenir de tirer le meilleur de toutes les situations ; dans mon cas la maladie m’a énormément apporté, plus de sagesse, plus de spiritualité, plus de paix intérieure, plus d’amour, plus d’humour, plus de passion. Quand je ne me force plus, je prends beaucoup plus de recul et en plus j’ai une nouvelle poitrine 😉 ahah

Cette épreuve est-elle derrière vous aujourd’hui ? Etes-vous heureuse ?

Je tiens vraiment à préciser que cette épreuve ne sera jamais entièrement derrière nous ! Malheureusement, la fatigue, les séquelles, la douleur et la peur de récidive deviennent notre quotidien. Il y a des jours plus difficiles que d’autres, mais bien sûr que je reste heureuse, je suis en vie ! Je me fais belle, je travaille, je m’occupe et j’essaye de toujours garder le sourire. Le positif appelle le positif ! il y a des jours on a besoin d’être triste, de pleurer, de se plaindre, de râler, c’est une nécessité pour les femmes et pour le groupe des cancéreuses/ex-cancéreuses ça devrait être autorisé un peu plus ! Lol

Pourquoi avoir accepté d’être l’égérie d’ELIE KUAME pour sa campagne ?

Elie est mon cousin, quand nous étions plus jeunes je me souviens qu’il nous brossait les cheveux à ma sœur et à moi (j’avais les cheveux jusqu’aux fesses, ça un peu changé depuis, ahah)

Nous parlions de nos rêves, à cette époque-là il avait le don de nous sublimer, il a toujours eu l’art et la manière de le faire, et comme nous le savons toutes, c’est un visionnaire.  Personne n’aurait pu retranscrire mon histoire avec autant de passion et de beauté. Nous avions tous les deux cette idée de donner un aspect plus glamour à cette maladie que nous côtoyons tous les jours, dire à La femme de ne pas s’oublier, c’est un parcours et vous pouvez gagner !

Quel conseil donneriez-vous à une femme qui apprend du jour au lendemain qu’elle est atteinte de ce cancer ?

Ce qui ne vous tue pas vous rend plus forte ! La vie est une aventure avec des moments durs qui nous ferons apprécier encore plus nos bons moments. You go and kick that cancer’s butt girl!! (botte les fesses au cancer!)

Quel conseil pour des femmes africaines qui traversent des épreuves aussi difficiles qu’une grave maladie et qui perdent espoir en l’avenir ?

Déjà, estimons-nous heureuses que le crâne rasé ça fait « un style de fou » sur les blacks et les métisses 😉 et puis rappelons-nous que l’avenir est entre nos mains, l’espoir mène plus loin que la peur !

Que représente pour vous la journée internationale des droits de la femme célébrée le 8 mars ?

C’est une journée pendant laquelle nous pouvons donner une voix à beaucoup de femmes qui n’en ont malheureusement pas et d’adresser les difficultés qu’elles endurent à travers le monde.

Quelque chose à rajouter ?

Merci à vous de m’avoir écouté et lu, restez forte, restez belle, restez vous, sortez, méditez, voyagez, croquez la vie a pleines dents !

PORTRAIT AFRICAIN

Si vous étiez un pays africain ?

La Cote d’Ivoire bien sûr (mes racines y sont !)

Si vous étiez une personnalité africaine ?

Cléopâtre, une femme très obstinée qui a dirigé un empire.

Si vous étiez un plat africain ?

Un Attiéke poisson bien pimenté, avec des petits oignons et de la tomate.

Si vous étiez un style musical africain ?

Afro-Jazz (grande fan de Jazz)

Commenter

Votre adresse mail ne sera pas publiée.
*indique les champs obligatoires.

*