Il était une fois Lemonade!

Tout a commencé en « Tambours, Afros, Bérets et Bottes de cuir » un 6 février par une « Formation » rangée de la Queen et ses 40 danseuses lors de la 50ème édition du Super Bowl. Pendant 7 fabuleuses minutes l’esprit des Blacks Panthers a flotté sur l’évènement mythique et capté pas moins de 112 millions de téléspectateurs aux USA ! 24H avant Mme Carter avait lancé en toute quiétude sur la toile Da Bomb !

 

Formation est arrivé comme un pavé dans la mare de l’Amérique puritaine blanche qui ne s’est d’ailleurs pas remise du choc : OMG! The Queen is Black ! Jeeeez….. * ☺ (cf. le clip parodie absolument hilarant de Saturday Night Live : The Day Beyonce turned Black )

 

L’aspect humoristique n’est toutefois pas la première chose qui frappe dans cet opus et encore moins dans l’album, bien loin de là… Lemonade dès les premières notes nous plonge résolument dans les eaux troubles et profondes de l’histoire du Sud des Etats-Unis, passant des champs de coton à la ségrégation raciale puis aux drames très actuels qui jalonnent le quotidien d’une société hantée par des préjugés (et quelques réalités) qui ont la dent dure et mènent aux injustices flagrantes envers ses citoyens Noirs. Notamment dans le texte de « Freedom » (Ft. Kendrick Lamar) où elle prie que les chaînes soient brisées. Les mères de Michael Brown, Trayvon Martin et Eric Garner y apparaissent en hommage à leur fils abattus par la police américaine entre 2012 et 2014. On n’oubliera pas, plus récemment, les affaires d’Alton Sterling en Louisiane et Philando Castile dans le Minnesota qui ont embrasé les rues en Juillet 2016 et entrainés la mort de 3 policiers blancs en représailles…
On retrouve également dans cet album comme fil conducteur un féminisme assumé dans la continuité de son album précédent « Beyoncé » avec le tube « Run the World (Girsl !!) » et sa citation de Chimamanda Ngozi dans « Flawless » : « Pourquoi apprenons-nous aux filles à aspirer au mariage, Et n’enseignons-nous pas la même chose aux garçons ? » Et ce féminisme Queen B ne fait pas que le chanter elle l’écrivait aussi, en Mai 2013 en association avec d’autres femmes influentes, dans une lettre ouverte à Angela Merkel, chancelière allemande et présidente du G7, et à Dlamini-Zuma, présidente de la Commission de l’Union Africaine, afin de soutenir la campagne de mobilisation de l’ONG One « La pauvreté est sexiste ».
Pour en revenir à l’album Lemonade le clip documentaire diffusé sur HBO s’ouvre sur une reine des Eaux, la déesse Orisha de l’Amour Oshun qui expose et impose sa colère et sa puissance destructrice de femme trompée dans « Hold Up », batte de base-ball en main elle casse tout sur son passage avec un sourire doucement moqueur, la tête haute et la démarche royale, Jalousie ou Folie ? La Belle a fait son choix.

@Tarlen Handayani
@Tarlen Handayani

 

Dans « Sorry » qui débute avec un poème de la somalienne Warsan Shire une femme demande à son mari ce qu’il dirait à ses funérailles après lui avoir brisé le cœur. Alors elle n’est pas désolée d’aller s’amuser, de ne pas penser à lui. En duo avec Serena Williams elles ne sont pas désolées et assument clairement leur féminité, leur sensualité, Noires et Fières sans excuses aucune (unapologetically Black). Elle n’est pas désolée de s’en aller avec son bébé dans son bus avec ses sœurs, c’est tout ce qu’il aura gagné. Et si c’est trop dur, hé bien il n’aura qu’à appeler Becky*…(with the good hair) ☺ Dans « Don’t Hurt Yourself » c’est le même registre en mode Angry Gangsta Bitch pas banale, (He ain’t married to no average bitch, No !) elle agresse, choque et résume très bien l’effet boomerang et l’expression Mieux vaut être seule que mal accompagnée.

Nous ne citerons que ceux-là mais d’autres comme « 6 Inch » célèbre les femmes volontaires, les femmes de pouvoir. On remarque l’absence flagrante d’hommes tout au long des images, ils sont évoqués certes comme dans « Daddy’s lessons » en tant qu’exemple ou lorsqu’on entend un discours de Malcolm X mais aussi indexés pour leur légèreté vis-à-vis de nous. Heureusement avec beaucoup d’optimisme le clip se termine sur des images d’une famille unie avec une mère heureuse et un père aimant comme toujours dans les contes de fée et souvent tout de même dans la réalité. ☺
Nous ne finirons pas cet article sans parler de l’omniprésence de l’Afrique dans cet album, des références à la culture Yoruba comme la déesse Oshun évoquée plus tôt, les peintures traditionnelles Ori pour elle-même et ses danseuses dans Sorry dessinées par l’artiste Nigérian Laolu Senbanjo, les bijoux sont d’inspiration Masai et elles portent ses tresses africaines. Le tableau final représente la reine Néfertiti avec sa couronne de tresses royale. Dans Daddys lessons elle porte une belle robe en wax d’Amaka Osakwe, styliste nigérianne également. Et pour passer d’un opus à l’autre elle cite les vers de plusieurs poèmes de Warsan Shire.

On peut dire que le maître mot de cet album est l’ENGAGEMENT, politique, humaniste, sociétal, féministe. The Queen rend hommage à la Femme Noire dans toute sa diversité, qui traverse le temps et les âges avec courage et abnégation, celle qui plie au gré des vents mais jamais ne casse tel le roseau. Une ode exclusive aux Afro-descendantes qui s’émancipent et existent non pas à travers un statut social, une relation ou une descendance mais juste par elles même. So you know what Ladies ? Let’s Get in Formation… ☺
*Becky : aux USA c’est le prénom stéréotype de la femme blanche moyenne, with the good hair : cheveux bien lisses le standard européen imposé depuis des décennies aux Femmes Noires

 

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